mercredi 1 juin 2011

L’écriture : défoulement thérapeutique ?

Il peut arriver, à certains moments de notre vie, en particulier suite à une série de difficultés interpersonnelles qui semblent aboutir à une impasse, d’avoir besoin de faire « sortir le méchant », de se défaire d’une rancœur, d’une colère accumulée. Chez vous comme chez moi, certaines situations désagréables ont parfois fermenté pendant des années et nous avons tenté de l’exprimer à voix haute, sans grand succès, semble-t-il ! Nous souhaitons remettre les pendules à l’heure,au moins pour nous-mêmes, sinon pour les autres.

La liberté d’expression nous permet-elle vraiment de dire n’importe quoi sur, ou à n’importe qui, à n’importe quel moment, sans se préoccuper des conséquences de nos mots, à l’oral comme à l’écrit ?

Voici la question que j’aimerais soulever dans la présente chronique : une écriture « de défoulement » peut-elle être bénéfique ? Si oui, est-elle avantageuse du point de vue de la personne qui écrit, que ces mots soient destinés, ou non, à être lus par quelqu’un d’autre ?

L’un des enseignements du Bouddhisme et une clé du bonheur, selon Pema Chödrön, consiste à ne pas nuire à soi ni aux autres.1 Comment se répercute de tels enseignements de sagesse dans le cadre de la problématique qui nous intéresse?

J’applique mon analyse autant à l’oral qu’a l’écrit. Si des propos entendus ou lus qu’ils étaient nuisibles à soi ou à d’autres, vous pouvez en déduire sans hésiter qu’ils n’étaient pas source de libération. A court terme, peut être pour la personne qui les exprime, mais à long terme…

Un exemple ! J’ai connu une personne qui, à force d’exprimer sur papier ses récriminations et griefs envers tout un chacun, n’est devenue que plus virulente d’une lettre d’insultes à l’autre. Il entretenait, de façon plus ou moins consciente, un effet d’amplification de sa haine, par l’écriture. Cette catharsis momentanée l’a-t’il rendu plus heureux par la suite ? Il n’a jamais exprimé de signes d’apaisement et ne semble pas heureux a long terme.

Une soi-disant liberté d’expression, qui se traduit en bitchage, nous retranche progressivement derrière un mur de plus en plus haut. Un mur qui nous isole des autres et altère nos perceptions, nous rendant à la limite paranoïaque. C’est donc, comme nous le disions, nuisible ! Comment désamorcer ce processus vicieux ?

Par le questionnement. Selon Swami Prajnanpad 2, « En premier lieu, il s’agit de formuler clairement la question : toute question correctement formulée contient sa réponse »

Dans Les neuf vies de Caméléon, le tome 1 de ma trilogie de romans3 je mets en scène un homme qui croit avoir tout échoué dans la vie et ceci le rend très malheureux. Le type de catharsis envisagé ici consiste plutôt à faire l’état des lieux et de revisiter nos processus mentaux. Il dit au psychiatre : « je suis un loser » Cette question en entraine une autre : « Pourquoi vous percevez vous comme tel? » Des réponses sont ensuite entrevues : Caméléon s’est perçu comme loser parce qu’il a connu l’échec. Est-ce que cette seule situation le définit pour toujours ? Dans ce premier tome, en revisitant neuf tranches de vie, Caméléon apprendra au moins à remettre en question les perceptions de son propre passé, avant d’écrire une version corrigée du livre de sa vie !

En rédigeant le deuxième tome, Caméléon : Les six clés de la conscience, je me suis souvent demandé : « Est-ce qu’une plus grande compassion, un plus grand détachement par rapport aux biens matériels, une meilleure humilité, l’acquisition de la patience, me rendront plus libre ? Est-ce que de telles suggestions pourraient s’avérer utiles aux autres?» J’ose croire que oui, et je partage, humblement, avec mes lecteurs potentiels, cette démarche d’autonomie spirituelle de Caméléon.

En somme - et c’est une condition sine qua non, à mes yeux - l’écriture thérapeutique ne devrait nuire, ni a l’auteur, ni au lecteur. A une condition : il aura pris le temps de revoir son écrit à tête reposée et aura assumé toutes les conséquences. Cette étape résolue, il y a possibilité de libération. J’ai appris par expérience que la première personne à libérer, c’est l’auteur lui-même. La réaction du lecteur ou de la lectrice n’est plus de notre ressort. Il y a cependant fort à parier que si cet exercice nous a guéris effectivement, il contribuera à édifier un autre être humain, quelque part sur le globe terrestre ou dans les galaxies.

Bon défoulement !

Patrick Georges


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1 tiré de : Bien être et incertitude, cent huit enseignements, Pema Chödron
2 cité dans Le bonheur d’être soi même, de Denise Desjardins
3 Publiée chez AdA.

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